Intimidation : Reconstruire sa santé par la musculation

L’intimidation est un sujet d’actualité très présent au Québec présentement dans les médias. À chaque fois que je découvre à la télévision qu’elle frappe encore et fait de nouvelles victimes, ça me vire complètement à l’envers. Ça me fait revivre de nombreux événements du passé qui m’ont marqué intérieurement, tel un fer rouge sorti directement du feu de l’enfer. C’est une douleur qui fait tellement mal que je peux très bien comprendre tous ceux qui ont songé à s’enlever la vie. C’est en tant que victime et survivant à l’intimidation que je vous présente un résumé de ce que j’ai vécu.

Mon histoire remonte à la fin du mois d’août 1991. J’avais 11 ans et j’attendais pour la première fois l’autobus qui me mènerait pour les années à venir dans cette prison infernal qu’est pour moi, l’école secondaire Val-Mauricie de Shawinigan-Sud. J’ai commencé dès ma première journée d’école au premier secondaire à être victime d’attaques physiques et verbales gratuites. La raison des attaques n’étaient pas dues au fait que j’avais dit ou fait quelque chose de mal, mais simplement parce que j’avais un surplus de poids.

J’étais comme une éponge. Tous les mots blessants qui peut être relié à ce surplus de poids, je les ai tous absorbé un par un. Je gardais à l’intérieur de moi cette accumulation grandissante d’énergie négative, je ne disais rien à personne, ni à mes parents, ni à mes amis, à personne. Très rapidement des symptômes sont apparus. Je n’avais plus aucune motivation d’aller à l’école. J’étais anxieux d’avoir à faire face à un nouveau supplice à chaque jour. Mes résultats scolaires étaient sur la corde raide et je me devais de faire des cours de rattrapage le samedi afin de pouvoir réussir. En l’absence de gardiens dans l’école la fin de semaine, les intimidateurs avaient donc le champ libre devant eux. Je me rappelle la fois qu’ils m’ont emporté tous ensemble dans un endroit isolé loin des classes. J’avançais dans le couloir et je savais que j’allais devoir me battre. Quand l’un d’entre eux m’a craché au visage, j’ai eu une très forte montée d’adrénaline et j’ai riposté directement avec un coup de poing à sa tête. Résultat : je retourne en classe avec une fracture de la main et le visage pleins d’ecchymoses. Lors du retour en classe, la professeure a pu constater en apercevant mon visage qu’il y avait eu une bagarre, mais elle n’a rien fait et rien dit face à ce qu’elle voyait…

L’une des pires fois que je me suis fait attaquer par un ensemble d’étudiants, c’était à la fin d’un cours dans le corridor qui menait aux cassiers… Un gars avait collé à mon insu dans mon dos une feuille de papier avec le message écrit dessus : Je suis gros, frappez-moi !!!

Comment réussir à passer mon année scolaire ? Impossible de me concentrer en classe, mon esprit était ailleurs. Je m’absentais très régulièrement de l’école laissant prétendre à la direction de l’école et à mes parents que j’étais malade. C’était un moyen de fuir les problèmes en restant à la maison.

Le temps passe, me voilà en 2eme secondaire et rien n’avait changé. Je ne suis pas parvenu à passer mon niveau scolaire. Grosse déception d’avoir échoué, ce qui me rajoutait une autre année de plus en enfer. Je recommençais donc encore ce 2eme niveau. Rien n’avait encore changé… 14 ans avec l’estime de soi au plus bas, je n’avais plus la force pour me battre. J’avais des idées suicidaires qui me passaient par la tête. Je ne savais pas comment trouver une solution pour que cesse toutes ces attaques. C’est ce qui m’a mené vers un trouble du comportement alimentaire : l’Anorexie.

J’ai commencé le processus de privation de nourriture en supprimant tous les aliments que je jugeais malsains et semaines après semaine se rajoutait progressivement des restrictions. Ma transformation physique sautait aux yeux de tout le monde. Ils étaient tous impressionnés de voir le changement, mais au début, personne ne se doutait de ce qui se passait à mon sujet. Certaines personnes s’intéressaient à ce que je mangeais et comment je m’y prenais pour perdre du poids… Plus les semaines avançaient, plus je perdais du poids et plus la maladie prenait place. J’en étais arrivé au point que je ne mangeais pratiquement rien et j’allais courir pour dépenser encore plus d’énergie. Je pouvais passer des heures à manger la petite portion de nourriture qu’il y avait dans mon assiette. C’était devenu dans ma tête une obsession extrême sur de nombreux points qui entourent cette maladie. J’avais maintenant peur de me nourrir, la peur de grossir et au fond de moi-même je ressentais l’envie de mourir. Je n’étais plus capable de fonctionner du tout à l’école. Mes notes et mon énergie étaient en chute libre. Je me sentais tellement faible que je dormais à tous les cours sur mon bureau. Le plus étrange, aucun professeurs et directeurs de l’école n’est venu m’aider ou même me demander si j’allais bien. Ils me laissaient là, étendu dans ma souffrance avec mon teint vert et mes 97 lb-44 kilos d’ultime maigreur.

Il est arrivé le moment que j’ai pu faire face à mes intimidateurs. De leurs propres yeux, ils ont pu voir le résultat de leurs actes. Le cœur plein de rage et de colère, je me rappelle avoir dit à l’un d’entre eux : « Pourquoi tu ne me traites plus de gros aujourd’hui? Pourquoi tu ne me frappes pas comme avant? » La seule chose qu’il m’a dit c’est : « avoir su que tout ce que je t’ai fait subir te mènerait jusque là, je ne t’aurais jamais rien fait ». J’ai ressenti sa sincérité à travers sa voix et son regard. Me voir ainsi était un choc pour tout le monde en général. Quelques jours plus tard pendant un cours, j’ai dit à ma professeure de sortir hors de la classe et je lui ai demandé de m’aider, car je n’en pouvais plus de vivre ainsi. C’est à ce moment-là que l’on m’a retiré de l’école.

Arrivé à la maison, il fallait commencer directement à trouver des ressources afin de me venir en aide au plus vite. Ma mère dans un état de tristesse indescriptible m’ordonnait de manger, mais comme je ne voulais toujours pas, elle m’avait alors donné fermement deux choix : celui de manger ou celui d’être hospitalisé. Je ne voulais ni de l’un ni de l’autre… Quand elle me parlait, elle m’a fait comprendre qu’elle avait peur de me perdre et qu’il y avait beaucoup de monde autour de moi qui m’aimaient. Elle m’a emmené devant le miroir afin que je prenne conscience par le reflet de mon corps du mal que je m’infligeais. Elle voulait retrouver son petit gars comme lors du temps qu’il avait de la joie de vivre, qu’il était bien dans sa peau et dans sa tête, mais surtout en pleine santé. Elle m’a ensuite préparé un repas et j’avais intérêts à tout le manger, sinon je partais en direction de l’hôpital.

On a pris des rendez-vous avec des médecins, psychologues et il y a eu aussi une idée qui était d’aller visiter le Gym de Clément Pelletier à Louiseville. Je ne sais toujours pas avec qui ou quoi nous étions en connexion cette journée là, car cette idée allait tout changer. Je me présente au Gym avec ma mère et je fais mon entrée dans le bureau de Clément. Ma mère a commencé à prendre des informations et à lui expliquer ma situation, ce que je vivais etc. Il a ensuite demandé à me parler seul dans son bureau. Assis face à cet homme, j’ai ressenti instantanément que c’était une personne qui allait me donner d’excellents outils pour m’aider. Il a su trouver la bonne approche afin de créer le meilleur impact positif possible pour me faire prendre conscience que pour retrouver ma santé, une bonne forme physique, prendre de la masse musculaire, que j’allais devoir manger. Ce qui m’a donné encore plus de confiance, c’est lorsqu’il m’a dit que je ne devais plus avoir peur de manger, car avec une bonne alimentation saine et un bon entrainement physique, je ne redeviendrais plus jamais gras comme avant. Il m’a demandé de lui faire confiance. Avant de commencer le travail et de faire mon inscription à la salle de gym, je devais recommencer à manger sur une base régulière et stable pendant quelques semaines. Arrivé à la maison, au grand étonnement de ma mère, je lui ai demandé de me faire un spaghetti avec sauce à la viande et fromage. Si seulement vous pouviez vous imaginer tout ce qui se passait lors de ce moment dans ma tête et tout mon être. Ce fut une belle libération. Dormir le ventre plein était une sensation incroyable, ça faisait des lunes que je n’avais pas aussi bien dormi. Tout s’est mis en place dans un temps record, on ne pouvait pas espérer mieux.

Deux semaines plus tard, je me représente au gym, j’avais déjà commencé à reprendre un petit peu de poids. J’étais prêt à écouter les conseils de Clément et appliquer toutes ses directives. Au fil des jours et des semaines, j’améliorais de plus en plus ma santé et qualité de vie. Tout se déroulait progressivement sans rien brusquer. C’était un très gros travail que je devais faire sur moi-même, je prenais cela une journée à la fois. Lors de mes neuf premiers mois d’entrainement, je suis passé de 97 lbs-44kilos à 160 lbs-72 kilos !!! Je mangeais sainement des repas et collations sans avoir de plan alimentaire fixe. Le seul supplément alimentaire que j’ai consommé et qui m’a été conseillé était de la Whey de la marque Pro-Circuit, une compagnie canadienne qui existe toujours. Ma plus grosse victoire personnelle n’était pas d’avoir amélioré ma condition physique, mais d’avoir pu retrouver ma santé, le plaisir de manger sans avoir peur, mon estime de soi, ma joie de vivre, de l’assurance et tout le bonheur intérieur grâce à la musculation. Croyez-moi, ça apporte beaucoup plus que des résultats physiques.

De l’intimidation chez les jeunes et même chez les adultes, il y en aura toujours. Pour tous ceux qui en souffrent, ne gardez rien en dedans de vous-même. Parlez-en, demandez de l’aide et n’attendez pas qu’il soit trop tard.

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